
Lorsqu’on lui demande pourquoi la lettre L, Raphaële Lannadère nous dit « C’est évidemment l’initiale de mon nom, mais pas seulement. C’est aussi, par le seul fruit du hasard, celle des noms de famille de tous mes grands-parents. C’est une lettre présente dans mon prénom et empreinte de féminité. C’est également un roman de Romain Gary, Lady L., une chanson de Babx – compagnon de longue date – et bien d’autres choses encore…« . Manière de dire qu’il peut s’en cacher, des choses, et qu’il peut s’en tramer, des histoires, derrière une simple initiale. Et on ne s’étonne pas, alors, de voir s’épanouir tout un univers sous le titre d’Initiale, son premier album. Un univers couleur crépuscule, pétri des visions et des chimères de son auteur-compositeur, où se mêlent les mirages persistants du réel et les vérités flottantes de l’irréel.
On l’entend rêver tout haut dans sa chambre (Je fume, Mescaline), enrobée dans les vapeurs opiacées du sentiment amoureux, dériver au soir tombé dans le cœur des villes (Château Rouge, Romance et Série Noire…), ou encore s’abandonner corps et âme aux bras d’une valse en habit de nostalgie (Les Corbeaux), d’une habanera douce-amère (Mes lèvres) ou d’une mélodie rythmée (Jalouse)… Et s’il lui arrive de se heurter brutalement à la réalité (Petite, évocation d’une sans-papier expulsée), c’est pour mieux tracer ensuite de cinglantes lignes de fuite vers les territoires sans limites de l’imaginaire (Initiale, Pareil).
Dans cette harmonieuse succession de climats et de situations, L reste cette chanteuse d’une intense légèreté, préférant envisager l’existence par le prisme de l’invention que par le biais terre-à-terre du quotidien. « J’ai commencé à écrire avec plaisir, quand je me suis aperçue que je pouvais me détacher de moi- même. Narrer par le menu mes petits tracas ou mes courses chez Ikea, c’est l’inverse de ce qui me touche, en musique, en littérature ou au cinéma. Après, il a fallu que je débarrasse mon chant de tous ses tics, ses manies. Depuis un an ou deux, j’ai l’impression d’avoir trouvé une unité dans ma voix et mon expression, quelles que soient la tessiture, l’intensité ou la dynamique des chansons. Quand on chante, on ne peut qu’être attiré par cette forme suprême de justesse et d’épure qu’ont atteint des gens comme Billie Holiday, Thom Yorke, Björk ou Lhasa…« .
Aujourd’hui c’est sa voix, à elle, qui nous happe. Initiale nous appelle et nous attrape. On y entre tout entier, comme on se fond dans les vapeurs enveloppantes du soir. Comme on se perd avec volupté dans la mélancolie des heures d’ivresse et d’égarement.
• L à découvrir en concert le jeudi 1er décembre à 20h30 au Cabaret Vauban
• tarifs 14€-17€ + frais de loc. Prod. Quai Ouest musiques


